décembre 8, 2023

DEMOSTHENE NEWS

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Purge systématique dans l’armée rwandaise : Kagame prépare une succession dynastique au pays des mille collines

Plusieurs officiers supérieurs de l’armée, dont le puissant général James Kabarebe ont été mis à la retraite sur décision de Paul Kagame le mercredi 30 août. D’aucuns s’interrogent si Kagame ne serait pas en train d’anticiper sa succession au travers ces changements au sein de l’armée de son pays. 

En effet, la décision du président rwandais Paul Kagame de mettre à la retraite plusieurs hauts gradés de l’armée, dont certains de ses plus fidèles collaborateurs, notamment James Kabarebe, interroge. Alors que son régime autoritaire semble solidement installé depuis plus de 20 ans, ce remue-méninges prouve que l’on s’achemine peu à peu à l’après-Kagame.

Les spécialistes des questions politico-militaires de la région des grands-lacs se sont plongés dans l’analyse froide de la question étant donné que Kagame opère ces changements dans l’armée un mois après la nomination de sa fille, Ange Kagame, au sein de son cabinet. Ce qui laisse entrevoir les signaux d’une potentielle succession dynastique mais aussi d’une expérience de gestion dans l’administration publique.

« Le président rwandais envisagerait de passer la main à sa fille à l’horizon 2024, lorsque la Constitution ne lui permettra plus de se représenter. Dans cette optique, le départ des ténors de l’armée rwandaise arrange bien ses affaires. Ces généraux, piliers du régime, disposaient d’une influence susceptible de menacer le pouvoir encore fragile d’Ange Kagame, en cas de succession. Leur mise à l’écart est donc un moyen pour Paul Kagame de s’assurer qu’ils ne feront pas obstacle à l’accession de sa fille à la magistrature suprême », confie notre Source qui se veut spécialiste des questions rwandaises. 

Cette tendance à propulser les enfants d’anciens chefs d’États au sommet de leurs pays dans l’Afrique de l’Est semble ne pas passer au Rwanda où le bilan de Kagame et ses parrains franco-américains énerve tout le monde et suscite de vives inquiétudes au sein de la population. 

« Plutôt que de préparer sa succession, le président ferait mieux de tirer les leçons de récents départs négociés de chefs d’État en Afrique de l’Ouest. Après plus de 20 ans à la tête du Rwanda, n’est-il pas temps pour Paul Kagame lui aussi d’organiser une transition apaisée et démocratique ? C’est le seul moyen d’éviter que l’histoire tragique de violence politique du Rwanda ne se répète», poursuit notre source. 

Dans ces changements, une nouvelle génération des militaires n’ayant pas participé à la guerre de libération du FPR dans les années 1990 sont nommés à des postes de commandement clés en majorité et ces changements interviennent dans un contexte régional tendu, marqué par la résurgence des violences dans l’Est de la RDC voisin. Depuis plusieurs mois, le groupe terroriste M23 multiplie les offensives contre l’armée congolaise et les populations civiles. Le Rwanda est accusé par Kinshasa et les Nations unies de soutenir ce groupe rebelle, ce que Kigali dément fermement.

«La mise à l’écart des anciens proches de Kagame pourrait donc être interprétée comme une volonté du président rwandais de tourner la page de l’implication passée du Rwanda dans les conflits en RDC. Certains des généraux retraités, comme James Kabarebe, sont en effet réputés pour leur implication dans la création et le soutien d’anciens groupes rebelles congolais dans les années 1990 et 2000.L’arrivée de sang neuf à la tête de l’armée rwandaise vise probablement à afficher une rupture avec ces pratiques du passé, et à démontrer que le Rwanda ne soutient plus les rébellions dans les pays voisins.Reste à savoir si ces changements auront un impact concret sur le terrain» 

Certainement, la mise à l’écart des  «roitelets» historiques au sein de l’armée pourrait  fragiliser les canaux de soutien du Rwanda au M23. Néanmoins, le groupe rebelle semble avoir acquis une forte autonomie sur le terrain pour continuer les combats.

REMANIEMENT DANS L’ARMÉE, KAGAME SEUL BÉNÉFICIAIRE

Cette purge au sein de l’armée rwandaise diminue les risques de contestation interne contre Paul Kagame. Les généraux historiques représentaient les derniers éléments, capables de menacer son pouvoir. Leur départ permet au président de sécuriser son emprise sur l’armée, principal pilier de son régime autoritaire depuis 20 ans. Finalement, ces changements à la tête de l’armée rwandaise répondent avant tout à des enjeux de pouvoir internes. Leur impact réel sur les conflits régionaux reste à démontrer. Paul Kagame entend asseoir son contrôle sur l’appareil sécuritaire rwandais, mais ses intentions réelles vis-à-vis de la RDC demeurent toujours ambiguës.

Ce remaniement n’est pas le premier pour cette année. En juin dernier, Paul Kagame a limogé 116 gradés de l’armée et résilié les contrats de service de 112 autres, selon un communiqué de l’armée rwandaise. A la même occasion, 14 officiers de haut rang dont le général-major Aloys Muganga et le général de Brigade Francis Mutiganda ont été démis de leurs fonctions. Les raisons de ce licenciement massif et de cette résiliation de contrats n’ont pas été expliquées.Cette purge était survenue après le remplacement la veille du ministre de la Défense, son numéro 2 et le chef d’état-major des armées.

Théo Démosthène KALUBI